Conclure sur un voyage, sur une expérience humaine, quelle qu’elle soit d’ailleurs, c’est tenter d’utiliser le language pour clore un espace de découverte, pour refermer une page et y apposer des impressions définitives. Par définition, ça me paraît donc être absurde.
Toutefois, tout au long du voyage, des choses se sont imposées à mon esprit, réflexions, remarques, impressions, que je n’ai pas toujours exprimées dans le feu de l’instant car celui-ci m’entraînait plus vers le factuel que vers l’analyse. Le blog est après tout un journal, et si vous lisez les journaux actuellement, vous verrez bien de quoi je veux parler.. Pris dans le rush, on se contente de relater, laissant l’analyse aux hebdos ou aux mensuels. Un mois de blog, je suis donc prêt pour la page mensuelle, ma page débats. Prêt à dire plein de choses et à dire pas grand chose, car en fait je ne sais pas trop.
Ce fût une expérience évidemment assez hallucinante. Prenons tout d’abord ce que j’ai vu, au sens des villes, des paysages, du soleil : je pense avoir été assez rarement dépaysé… Certains, comme mon co-voyageur du début, l’ont vécu comme une déception, j’ai plutôt abordé cela de manière neutre. Ne sachant pas trop à quoi m’attendre, j’ai donc été assez étonné de voir à quel point certaines choses étaient similaires. Les villes, notamment. L’uniformisation entraînée par la globalisation frappe en premier lieu aux portes des métropoles, car celles-ci sont les lieux de rencontres, d’affaires, de pénétration primaire de l’étranger. Les villes d’Europe, globalement, se ressemblent. Cette sentence un peu lapidaire me paraît assez vraie. Que l’on soit sur Istiklal (Istanbul), sur l’avenue principale de Belgrade, de Brasov, de Zagreb, de Prague ou de Bratislava, partout l’on trouve les mêmes rues commerçantes, les mêmes bars lounge, les mêmes parasols Coca-Cola. Après, les choses dites historiques évoluent d’une place à l’autre. On ne peut pas affirmer que les immeubles soient les mêmes à Zagreb et à Prague, on ne peut pas dire que les églises de Brasov ressemblent aux mosquées de Sarajev, c’est une évidence. Il y a donc quelques différences, et entendre le muezzin dans une ville plusieurs fois par jour est toujours un peu déroutant les premières fois, exotique comme l’on pourrait dire, étranger au sens premier du mot. Je pense toutefois que les points communs l’emportent d’une certaine manière, et certifient une chose : lorsque l’on observe les villes d’Europe, on peut parler d’Europe, car il y a une identité, une communauté, évidente.
Lorsque l’on touche aux campagnes, désormais, les choses commencent déjà à se bousculer. La misère de la population observable dans certains coins de Bulgarie ou de Bosnie, l’incroyable abondance de la population gipsy en Roumanie et ses difficultés apparentes à survivre en bons termes avec le reste de la population roumaine, les différences effectives d’architectures entre la maison bosniaque (sorte de rectangle de brique rouge épaisses) et celle turque (toit de type méditerranéen, etc..) fait ressentir une certaine latitude… due autant au climat qu’aux cultures, probablement. Au fond, si l’on veut réfléchir à la campagne bulgare, il vaut mieux le faire à partir de ce que l’on connaît le mieux : la sienne. Et la, il y a pour moi un fossé : d’un côté, une campagne et une nature domestiquée, des champs travaillés à perte de vue, la mécanisation poussée à l’extrême, une nature plus vraiment naturelle, et des populations somme toute assez riches. De l’autre, la nature sauvage, l’utilisation toujours présente de chevaux ou de bêtes de trait, etc…
La ville est riche en Europe, les campagnes sont une bien meilleure source d’inspiration pour l’observation des différences. De Brasov (pourtant déjà 250 000 habitants) à Bucarest, certains prix doublent.
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On peut ensuite parler des paysages, et il n’y aurait pas grand chose à dire : à part la Turquie et le sud-Croatie, l’Europe présente des similitudes assez importantes. Pour les deux premiers cas cités, je pense qu’un habitant du sud de l’Espagne ou de la Turquie ne trouverait pas grand dépaysement à se trouver dans ces endroits. Dans l’ensemble, en tout cas, c’était beau, mentions spéciales à l’Autriche, à la Bosnie et à la Roumanie, vallonnées, montagneuses parfois, vertes, extrêmement jolies.
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Les rencontres sont peut-être l’un des points les plus intéressants : au cours d’un petit mois de voyage, l’on croise chaque jour de nouvelles personnes avec qui l’on sympathique, venant des quatre coins du monde… L’occasion d’apprendre de milliers de choses, l’occasion de voir à la discussion les sentiments turcs à l’égard des Arméniens, les rancoeurs, la douleur incroyable présente dans le coeur des Serbes, Croates et Bosniaques, etc.. Choses extrêmement intéressantes, qui peut-être participent le plus à l’auto-mythification du voyage. On rencontre quelqu’un un soir, on sympathise avec lui, et deux ou trois heures après, on se souhaite bonne route, quasiment bonne vie, la discussion d’avant prend alors des tournants différents de celles que l’on peut tenir d’habitude. En quelques heures, on a envie de tout donner, d’oser dire ce que l’on pense de tout et de rien… Pour info, durant tout le voyage, voici (en ce que je me souviens) les différents pays « rencontrés »: USA, Chine, Argentine, Nouvelle Zélande, Australie, Egypte, Turc, Slovaque, Israël, Français, GB, Ecosse, Irlande, Serbie, Pologne, Allemagne, Italie, Espagne, Belgique, Suisse, Suède, Croatie, Bosnie… Voilà. Pour ce que je me souviens. Parmi les discussions assez exceptionnelles, je retiendrai celle avec l’Egyptien sur sa situation en Egypte du fait de sa religion (chrétienne), celle avec l’Israëlien sur ses moyens de se prémunir de toute agression de type antisémite (un couteau toujours sur lui) et sur son rapport au voyage, celle avec Tahla, mon ami turc du voyage retour, sur son nationalisme turc, et son amour parallèle pour la Hollande, son libéralisme de moeurs (il connaissait toutes les bonnes adresses du Red Light District) et sa connaissance quasi encyclopédique du Coran (tout autant que sa pratique, évoluée)… Il y eut aussi la discussion exceptionnelle avec Ivana, jeune danseuse slovaque qui effectuait tous les jours l’aller retour Prague Bratislava pour mener sa vie rêvée de danseuse… Il y eut encore la discussion avec Peter, néo-zélandais de 36 ans que j’ai rencontré entre Istanbul et Sofia et qui voyageait pour la première fois ! Il n’avait jamais même été en Australie. Je pourrais parler de cela des heures… Les rencontres étaient hallucinantes, troublantes parfois. Toujours (ou presque) enrichissantes.
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Je ne peux pas parler de ce voyage sans parler du train. Je me souviens des mots de Farzad, quelques mois avant mon départ, qui m’avaient marqués : « Guillaume, t’as lu Dracula ? Non parce que dedans il t’explique que plus tu vas vers l’est, plus les trains ralentissent… Tu verras c’est vrai ». Paris – Lyon, 1h30 (?). Bucarest – Istanbul 20h . Si je ne me trompe pas, c’est peu ou prou la même distance. Et dans ces trains, véritables lieux de vie, il y a des choses exceptionnelles qui se passent. Depuis quelques temps déjà, je sentais que j’aimais de moins en moins les trains types TGV. Cela c’est confirmé pendant le voyage : les ICE, tgv allemands, sont ennuyeux à mourir : ils favorisent le voyage rapide mais rendent impossible ou presque l’engagement de discussions… ce sont des trains de solitaires. Les trains de l’est, de type corail mais en 200x plus lent, favorisent bien plus l’aspect communautaire. La cigarette y est encore tolérée, les fenêtres sont ouvrables (le sentiment de liberté, lorsque le train roule à vive allure devant un paysage de coucher de soleil, est quelque chose de jouissif), les compartiments sont de 6, on discute puisque l’on doit vivre en commun… C’est génial, tout simplement. Et pour tout dire, le train ne m’a seulement saoulé que deux fois pendant le voyage : à l’arrivée à Istanbul, à cause d’un retard de 4 heures, et le dernier jour, entre Vienne et Paris, parce que l’ICE me gavait… Pour le reste… que du bonheur.
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Peut-être que je rajouterais des mots un autre soir… fatigue là.









































